Mon dispositif

Mes expériences dans des écoles alternatives aux Etats-Unis et en France, m’ont permis de me familiariser avec des dispositifs novateurs qui font leurs preuves aujourd’hui.

Depuis, j’en ai fait mon cheval de bataille, ma particularité en tant qu’enseignante.

Les sciences cognitives et les nouvelles recherches en éducation nous ont démontré que les enseignements traditionnels ne permettaient pas d’accompagner tous les élèves, mettant certains d’entre eux en échec scolaire, des élèves à besoins particuliers, à intelligence particulière, avec des rythmes différents. Et combien sont-ils?

Je me suis d’abord intéressée à la pédagogie Freinet et celle de Steiner-Waldorf, deux courants dont je m’inspire aujourd’hui. Je me suis également intéressée à la neuro-pédagogie et aux intelligences multiples d’Howard Gardner qui ont façonné mon profil d’enseignante et me poussent à me remettre constamment en question dans mon métier.

La différenciation pédagogique est ce qui guide ma journée de travail en ce qui concerne l’acquisition des fondamentaux.

Je suis tournée vers les classes flexibles tout en y apportant ma touche personnelle.

Ainsi, j’ai développé dans ma classe un dispositif en ateliers, mixant du travail dirigé en petits groupes et du travail autonome personnalisé qui je l’espère mènera à une flexibilité plus grande d’ici quelques mois. On reconnaîtra là, un fonctionnement de maternelle.

J’ai beaucoup modifié la disposition des tables de ma classe pour trouver la meilleure harmonie pour tous. Je ne pense pas qu’il existe une installation qui prime sur les autres. Cela dépend de l’effectif et du mètre carré évidemment, mais aussi du profil des élèves et de soi en tant qu’enseignant(e). Personnellement, je n’aime pas le grand bureau de la maîtresse qui prend beaucoup de place!

1. Devenir un élève autonome
Cette compétence est très difficile à acquérir surtout quand les élèves n’ont jamais eu l’habitude de réfléchir par eux-mêmes et de prendre des décisions pour construire leurs apprentissages.
L’enseignant doit se décentrer ce qui n’est pas facile car pour les élèves, il est un référent suprême, qui rassure.

Ce que j’ai mis en place pour développer l’autonomie de mes élèves et mettre en place mes ateliers autonomes:

  • Travailler d’abord sur la forme des ateliers avant de travailler sur le fond, c’est-à-dire l’organisation : « Je sais ce que je dois faire », je sais où je dois aller », « je sais comment faire », « je sais où trouver mon activité dans la classe ». Pour cela, j’ai créé un plan de travail individuel pour guider chacun de mes élèves, une fiche personnelle pour chaque jour de la semaine.
    Puis en suivant la fiche on a fait des déplacements dans la classe pour s’entraîner.
    « Tout le monde sait où aller? Tout le monde sait ce qu’il faut faire? Très bien! Montrez moi, je vous regarde. Revenez à votre place, très bien.! »
Plan de travail individuel par élève, plastifié et utilisé en autonomie par les élèves, personnalisé en fonction des compétences à acquérir)

Evolution du plan de travail pour le rendre plus efficace…

  • Accompagner le travail autonome en installant des règles de travail (chuchoter, règle de tutorat, ne pas déranger la maîtresse…). Observer la prise de travail autonome et rectifier, répéter les règles, arrêter et recommencer.
  • Donner confiance en encourageant et en félicitant les actes autonomes, les prises d’initiative, et la capacité à travailler dans le calme, surtout ça.
  • Proposer des activités autonomes accessibles aux élèves pour ne pas les mettre en échec, et ne pas les garder dépendants. Pour rendre les activités autonomes accessibles, il est bon de les travailler en rituels ou en groupe dirigé, de faciliter les consignes, de les rendre ludiques, de proposer des niveaux évolutifs. On commence par un niveau facile, le temps de comprendre ce qui est attendu, de se familiariser avec la forme puis on complexifie le fond, une fois que les méthodes de travail sont validées.
  • Répéter, répéter les règles. Si les règles ne sont pas respectées, on arrête et on recommence, jusqu’à ce qu’on obtienne l’organisation qui permet le travail en autonomie.

Mes élèves ont encore besoin de progresser en autonomie. On n’a pas encore atteint l’organisation idéale. J’ai installé ce dispositif en période 3, on a encore du chemin à faire, mais nous progressons.

Les activités autonomes sont toutes différentes selon les niveaux des élèves. Ils ne font pas tous la même chose au même moment.

Ce qui compose mes ateliers :
– 5 IPAD avec des applications EDL, lecture et mathématiques (des applications que j’ai sélectionnées pour répondre aux besoins de mes élèves. Vous trouverez la liste dans ma rubrique « Applications numériques »)
– 6 LOGICO avec des fiches en maths et EDL (un investissement mais c’est tellement intéressant pour la manipulation)
– Des jeux d’étude de la langue (grammaire, conjugaison et lexique)
– Des jeux de maths (numération et calculs)
– Des fiches de production d’écrits à réaliser dans son cahier du jour
– Des fiches de lecture fluence à réaliser en binôme avec un chronomètre
– Des petites fiches de lecture (compréhension, inférences, puzzles)
– Des jeux de logique (puzzles, construction)
– Des jeux d’observation
– Des fiches d’exercices sur les notions travaillées en atelier dirigé
– Des activités d’écriture et des rallyes copie

2. Mettre en place des groupes dirigés différenciés
J’ai créé des groupes homogènes (5 à 6 élèves par groupe) pour permettre à chacun d’avancer à son rythme et prendre l’apprentissage là où les compétences sont en construction. J’ai cherché la zone proximale de développement (ZPD cf. Vygotsky) pour chacun de mes élèves ce qui n’a pas été facile quand on en a 28. Je l’ai fait en petits groupes, à l’aide d’observations et d’évaluations continues, en portant une attention à tous les exercices faits mais aussi en discutant avec eux.

J’ai 5 groupes de maths couvrant tout le cycle 2 (du CP au CE2), et 4 groupes de français (du non lecteur au lecteur du CE2 bon niveau). Je dois composer avec ces niveaux et faire progresser tout le monde. Nous travaillons beaucoup avec l’ardoise en atelier dirigé, nous manipulons. Mon étayage est très fort à ce moment là. Si le temps n’a pas suffi à certains pour comprendre la notion abordée, nous y revenons à la prochaine séance dirigée, je personnalise le travail autonome pour plus de guidage, ou je revois la notion lors des rituels. Parfois le temps est nécessaire pour que la notion devienne claire. Il faut accepter ce temps (méthode heuristique)

Exemple : Quand certains travaillent sur l’étude du code en atelier dirigé avec moi, d’autres travaillent leur fluence en binôme avec un chronomètre (ils reportent le nombre de mots lus en une minute dans un tableau), d’autres travaillent sur les inférences et d’autres encore travaillent sur leurs gammes de lecture. Et je jongle avec ces compétences toute la semaine. C’est pareil en maths et en EDL.

Textes de lecture compréhension adaptés en fonction des niveaux de lecture travaillés en groupe dirigé sur la semaine

3. Installer un suivi régulier des ateliers autonomes
C’est peut-être ce qui est le plus difficile à mettre en place. Garder un rythme soutenu pour valider les apprentissages et évaluer le travail autonome pour pouvoir y remédier.

Voici ce que j’ai mis en place :

  • Former les élèves à la prise de photos de leur travail

J’ai parcouru beaucoup de chemin avec mes élèves en un trimestre. Je me rappelle au début de l’année me demandant, en pleurant… « Comment je vais faire? parce qu’ils semblent habitués à faire des exercices toute la journée sans comprendre pourquoi, à entendre sans écouter, à décrocher à la moindre occasion et finalement ne rien apprendre et je ne vois pas le sens de tout ça, je ne veux pas enseigner comme ça! Ce n’est pas moi, ce n’est pas le métier que je veux faire! »

Aujourd’hui, je suis dans un dispositif qui me correspond et qui me permet de tirer chacun de mes élèves vers le haut. Je ne pourrais pas enseigner autrement. J’ai besoin de prendre en compte toute la diversité des élèves de ma classe. C’est pour moi essentiel, c’est ce qui me définit.
Le retour de mes élèves : « Maîtresse on aime travailler comme ça »! – « Parfait moi aussi! »

J’ai construit ce dispositif en m’inspirant de ce que j’ai vu, de ce que j’ai lu, des conseils judicieux que j’ai reçus d’enseignants expérimentés et investis. J’ai associé plusieurs courant entre eux. J’apporte constamment des modifications pour résoudre ce qui ne marche pas, je remets en question chaque partie du dispositif pour le rendre meilleur et plus efficace, j’expérimente ce que je trouve intéressant et j’y apporte ma touche personnelle. Rien n’est figé. Je suis à l’écoute de mes élèves, de leurs besoins, et j’observe ce qui se fait dans les autres classes dans le monde.

Aujourd’hui, mon dispositif est encore en construction avec mes élèves. Nous ne sommes pas encore arrivés à ce que j’attends réellement mais je pousse mes élèves vers ce que je visualise dans l’idéal et j’ai bon espoir qu’on y arrive.